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Srinagar

Hit the road

Il est 20h30 quand je quitte New Delhi à bord d’un train couchette. Après une courte nuit, j’arrive enfin à Jammu Tawi vers 5h45 du matin. Dans ma tête, le nom Jammu Tawi sonne comme le nom d’une planète de Star Wars, du coup je suis curieux de voir ça.

(A la base je devais enchainer direct dans un 4×4 et tracer à Srinagar mais le repas épicé de la veille me fera rester une nuit à Jammu Tawi histoire de gérer ma petite affaire sur des vrais toilettes au lieu de subir ça dans une bagnole)

Le jour se lève à peine sur Jammu et la ville se révèle enfin. On sent qu’on est ailleurs. On se trouve à quelques kilomètres de la frontière avec le Pakistan et disons qu’ils ne sont pas trop habitués à voir des touristes rester sur place. Ca se comprend car malheureusement, la ville n’a pas grand chose à offrir à part les chants des muezzins qui retentissent à travers les hauts parleurs des mosquées.

Jammu au petit matin
Jammu au petit matin

Il est 5h du matin quand je quitte ma chambre le jour suivant et il faut trouver un 4×4 qui part pour Srinagar. Pas le choix, les montagnes rendent impossible la construction d’une ligne de chemin de fer et le seul moyen pour continuer est de prendre une voiture. L’affaire est pliée en 5min. En route pour Srinagar !

On est 7 dans le 4×4 et la route est… pas terrible… c’est la seule qui mène à Srinagar,  elle est défoncée et parfois c’est juste une piste en terre, il y a des centaines de camions militaires qui bouchent la route et on à 300 km à faire… en 10h… Mais tout ça, c’est des détails. Le petit “plus” nous sera offert par une charmante jeune femme qui est dans la voiture avec nous et qui – tenez vous bien – ne supporte pas la voiture… et devinez quoi ? On est en montagne et ça tourne. 1h après être parti, elle va nous lâcher son premier gros vomi. Mais le chauffeur ne veut pas s’arrêter car on à de la route et il faut tracer. Du coup elle s’organisera pour vomir par la fenêtre et par la même occasion, en faire profiter un des passager assis juste derrière elle. J’ai compté, en 7h de trajet elle a vomis 9 fois. Ambiance !

Au bout de 7h de route, on avait fait que 200 km… du coup le chauffeur nous propose de nous déposer à la première station de train qu’il croise pour finir le trajet car c’est trop le bordel et on avance pas. Le trajet se terminera dans un petit train qui sillonne la vallée.

Srinagar “good price for you”

Aaaaaaaaaaaaah Srinagar ! Ses hippies ! Ses house boats ! J’ai hâte de voir les fameux house boats qui sont en fait des grosses maisons flottantes au bord du lac dans lesquelles il est possible de louer une chambre.

Mais j’ai vite déchanté… Les militaires ont remplacé les hippies et les house boats ne sont plus que des “attrape gogo” autour d’une ville très bruyante. Il y en a près de 1 400 au bord du lac et on ne peut pas faire 50m sans que quelqu’un vous court après pour vous proposer une chambre dans un des house boat à un “very good price for you”. Une fois ça passe sans problème. Normal. Deux fois, easy. Mais au bout de la 30e tentative sur 500m de marche, c’est pénible. Non pas parce qu’ils essayent de vendre leur truc – nan ça, ça va, c’est normal. Ils essayent, c’est le jeu – mais parce que ici les “vendeurs” sont assez agressifs. Du coup bof… ça donne vraiment pas envie.

Mais ce qui sauve Srinagar, ce sont les montagnes qui entourent le lac. OUAAAAAAAAH c’est juste magnifique ! En plus j’arrive en fin de journée et le soleil se couche pendant que le ciel devient violet juste au dessus du lac. J’ai même pas cherché à comprendre et je suis resté une bonne heure assis au bord de l’eau à mater la nuit tomber.

Au final, je vais atterrir dans un petit hôtel assez sympa, proche du lac et de la ville. Et c’est là que je vais tomber sur Lisa et Sacha, 2 hollandaises. Ainsi que Richard, un anglais (bien marrant) pilote de ligne. Je me retrouve rapidement à table avec eux dans un bouiboui à 2 pas de l’hôtel et on sympathise. Au final, on passera 3 jours tous ensemble à profiter du coin et du paysage avant que chacun ne s’en aille poursuivre sa route.

Qui est qui ?

L’expérience la plus troublante que j’ai pu vivre ici fût d’aller au sanctuaire Rozabal. Celui-ci est rempli de mystères notamment celui de contenir la dépouille de Jésus. On parle également de la dépouille de Yuz Asaf, qui pourrait être un bouddhiste. Mais le nom de Yuz Asaf est aussi attribué à Jésus par certains qui pensent que Jésus serait venu au Cachemire afin d’y acquérir une expérience spirituelle basée sur le bouddhisme. S’ajoute à cela une deuxième sépulture qui contiendrait le corps de Sayed Nasr e’Dine Rizvi (un saint musulman, admirateur de Jésus). Bref c’est le bordel concernant l’identité du ou des mecs qui se trouve(nt) dans le tombeau.

Du coup ce mystère attire autant de chrétiens que de musulmans (et même des bouddhistes). Mais ici à Srinagar, c’est principalement musulman (on est à coté du Pakistan hein. A quelques centaines de bornes d’Islamabad. Juste pour poser le contexte). Sauf qu’aujourd’hui les chrétiens ne sont pas les bienvenus sur le lieu du sanctuaire. Pourquoi ? En 1986-87, un chrétien (allemand) est venu se recueillir sur le tombeau. Jusque là tout allait bien et toutes les identités religieuses cohabitaient bien autour du tombeau. Chacun pouvait s’y recueillir en croyant ce qu’il voulait sur l’identité de la dépouille du saint. Mais ce chrétien, “persuadé” que la dépouille de Jésus était enfermée ici, s’est mis à creuser autour du tombeau et à recueilli de la roche et du carbone afin de prouver l’identité de Jésus. Autant vous dire que certains musulmans (qui sont en majorité ici) l’ont eu très mauvaise… Au même titre que le Vatican d’ailleurs.

Depuis, le sanctuaire est fermé et les chrétiens ne sont pas les bienvenus du tout. Mais moi, je ne suis pas chrétien, hein ? Du coup… bon… baaaaaaaaaaaah… je suis allé voir. Et les 2 hollandaises qui étaient réticentes à la base m’ont même accompagné. Et ouais… en effet… quand on arrive sur place, il y a comme une atmosphère étrange qui plane… on nous regarde très bizarrement et d’un coup, on se retrouve encerclé par 3-4 bonhommes qui se mettent à téléphoner en arabe tous en même temps. Chelou… et le truc aussi c’est qu’en tant que blanc, on est souvent identifié comme des “chrétiens américains” (blanc = chrétien + pognon, et pognon= américain. Je ne sais pas si c’est propre à la région ou pas). Mais moi j’ai une barbe et j’en profite pour lâcher un “salam aleykoum” en attrapant la main d’un des mecs. Et d’un coup l’atmosphère se détend un peu. Et les filles qui m’accompagnent en profite pour mettre un voile. Au final tout se passe bien. Une fenêtre du sanctuaire est ouverte, je jette un oeil et effectivement il y a bien un tombeau. Mais je pourrais pas vous dire quel bonhomme est à l’intérieur. Après quelques minutes seulement, on décide de partir et de laisser les locaux tranquilles et les dépouilles en paix.

En tout cas si Jésus est mort et enterré ici, bah j’y étais.

Pour être franc, je ne m’attendais pas à autant d’agitation ici. Du coup ça renforce de jour en jour mon envie de fuir tout ça et de me retrouver au milieu de l’Himalaya. Et puis il y a ces montagnes qui bordent le lac que je vois tous les jours et qui résonnent en moi comme un appel à aller voir ce qui se passe derrière. La question ne se pose plus. Il est temps d’aller en montagne.

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