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Salvador ou la triptyque enchantée : alegria, pupusas & mamacitas !

À vivre au milieu d’autant de volcans, on finit tous par être chauds comme des baraques à frites ! Et ce n’est ni le charme ni la vénusté des Salvadoreñas qui feront redescendre la température ; quelle allure, quelle grâce, quelle beauté ! Cette combinaison aphrodisiaque a fait de mon quotidien euphorique un intense contentement, mais surtout une profonde épreuve de maitrise et de circonspection ! Si je ne suis pas tombé amoureux 300 fois de ces folâtres mamacitas, appelle-moi Dadane !

PHOTOS

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Du bus qui me transportait depuis Guatemala Ciudad je suis descendu à Santa Ana, charmante petite ville au pied des volcans.

À Santa Ana le rythme de la cumbia colombiana resonne dans les parcs publics où se rassemblent les joueurs d’échecs, celui du merengue et de la bachata s’échappent des boutiques et font de la ville un petit bijou d’authentisme latino. Il y a de la vie. Mais pas que… L’énorme bâtiment noir en face de l’imposante blanche cathédrale, c’est la morgue. Un detail, un gros detail.

Au deuxième jour à Santa Ana, j’entamais mon volontariat à la Cruz Roja Salvadoreña. Rien n’était prémédité ; un simple élan de spontanéité.
L’intégration fut instantanée. J’étais loin d’être indispensable, c’est certain, mais j’avais ma place au dortoir avec Mendes.
La démonstration pouvait alors commencer ; 3 semaines de profonde gentillesse et de pure Alegria. C’est comme si toutes les conversations devaient se ponctuer par un éclat ou des rires a la pelle. Margarita se pliait en 4 à chaque phrase, du jamais vu. Vivre dans la bonne humeur 24h sur 24 à rire et voir les autres se bidonner était une expérience nouvelle, mais assurément bonne pour le moral et la santé. Il faut le vivre pour le croire. La joie de vivre du peuple Salvadoreño est unique, fantasmagorique ! Tous ceux que j’ai pu rencontrer sont dotés de ce caractère jovial, rieur, bienveillant, le coeur sur la main. La réponse doit être génétique… ou linguistique, vu qu’au Salvador on ne parle pas espagnol, on le chante. Et c’est assez remarquable vu le niveau de violence du pays, la corruption et la criminalité en tous genres. D’oû les fusils, les mitraillettes, les pétards (qui font pan!) et l’artillerie qui se déploient dans les rues, devant les banques, les restaus, etc. Faut dire qu’en face, les deux maras que sont la Mara Salvatrucha 13 et la pendilla 18 (Diez Y Ocho) se livrent à une guerre sanglante mais tirent aussi les ficeles du trafic de narcos et sont les principaux auteurs de la criminalité du pays au point que la quasi-totalité des commerces est soumise au racket et à l’extorsion, sous peine d’exécution presque immédiate. Quant à la population qui sort depuis peu d’une grosse décennie de guérilla et qui essaie tant bien que mal de s hermétiser, elle est à la merci des assauts répétés dans les rues et dans les bus.Je me souviens du jugement médiatisé lors de mon passage, d’une marero présumé coupable avec son équipe d’avoir foutu le feu à un bus bondé et de finir au fusil les quelques-uns qui réussissaient à s’en échapper par les fenêtres. Le journal aussi foisonne d’histoires tristement semblables.
Et le gouvernement ? On a de quoi se poser des questions. L’économie du pays repose pour beaucoup sur les sociétés de sécurité privée, aurait-il un intérêt à ce que la criminalité du pays baisse ? sans parler des soupçons de collaboration avec les maras qui ferait son sal boulot. La police, en partie gangrenée par les rouages du vice politique est clairement dépassée.
Du coup à 22h00 les rues se vident, ce qui rendait les dimanches plus palpitants autour de quelques Pilsener et autres Golden a gigoté sur des sons latinos endiablés, puis a gerbouiller tard le soir les moules en cocktail qui ne sont pas passées…
Pas grave, on se rattrapait sur les tortas et les pupusas ! AAH les pupusas, sorte d’épaisse tortilla de maïs fourrée aux frigoles, fromage, viande, ail… Un délice, un pur DÉLICE pour pas grand-chose, de quoi se faire des cures matin midi soir.
Ce furent 3 semaines incomparables à partager le quotidien exclusif et singulier de ces équipes qui se relaient avec efficience et qui m’ont permis de vivre les urgences, les bobos, les cours de capacitation, les réveils en fanfare, le match du FAS depuis le bord de la pelouse, les balades nocturnes à velo du vendredi soir, celle au lago de Cuoatepeque, le rendez-vous parent prof au collège (oui……), les longueurs à la piscine, les baskets, le lavage des ambulances, les sessions de peinture, les leçons de couture, et bien évidemment l’ultime bringue qu’ils m’ont réservé pour le dernier soir. Pour ce florilège d’épisodes et cette leçon d’humanisme, MERCI à toute la Cruz Roja Salvadoreña de Santa Ana.

Après une tentative qui n’a malheureusement pas pu aboutir pour bosser dans un orphelinat pour cause d’insécurité, j’ai repris ma route pour la capitale. À San Salvador je devais rejoindre Oscar, un artesano salvadoreño que j’avais rencontré quelques semaines plus tot à Guatemala Ciudad. Des expériences de bus les plus délirantes, extraordinaires, celles de San Salvador sont de loin les plus tarées. Ça avait commencé sur le trajet de la capitale avec cet homme qui, bible a la main, lisait (hurlait presque) et prêchait la bonne parole avec détermination et intensité à tout le bus. Il Y a 2 catégories de bus : grand format version anciens bus scolaires américains et micro-bus 15 places. Pour aucun des deux il n’y a d’arrêt officiel. Tout se fait en gueulant, en agitant les bras comme tu peux pour que le message soit clair, en sifflant (si tu ne sais pas siffler tu finis au terminus), 14 par banquette, 17 vendeurs de piles boissons orange chips, musiciens et j en passe…Le chauffeur ne se préoccupe pas de la caisse, lui, il est tête dans le guidon et ne se fie qu’au sifflement spécifique de son collègue, l’autre gars qui pend à la porte avant et qui gueule aussi le numéro de la ligne tous les 20 mètres (attention piège : il y a 12, 2 et 2 C, donc « doce », « dos » ou « dos c », te plantes pas ça va mal finir). Les bus foisonnent, il y en a dans tous les sens, de toutes couleurs, avec des typographies différentes pour arranger les choses, ils se doublent, klaxonnent, crachent du noir… Sans parler de ceux qui se font dépouiller par 3 mecs petards à la main. Prendre le bus c’est sportif, apologique, « dithyrambique »!
Trois jours, à flâner dans les rues fréquentables de la capitale et à déambulé dans les marchés, puis à découvrir la Puerta del Diablo, haut sommet qui domine la ville.
La bande à Oscar m’embarque dans ses plans et le temps d’une soirée comme on peut l’imaginer dans un bar boîte salsa bachata salvadoreño de la capitale où regne une ambiance caliente, je constate que tous savent danser à la perfection. Domaine dans lequel j’excelle, bien évidemment….

« Petit pays, je t’aime beaucoup
Petit petit, je l’aime beaucoup » disait Cesaria,
petit pays au grand coeur me laissera un souvenir imperissable.

Christian Poveda, journaliste Franco-espagnol à realisé « La Vida Loca » en 2009, un reportage fascinant au coeur de la Mara 18. Personne n’a pu en faire autant. Il est mort assassiné au Salvador quelque peu après la sortie du film. Pseudo enigme judicaire sur fond de contrat…
Ça vaut la peine.
http://www.youtube.com/watch?v=aFo5iK-t0w4

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